Le conflit WP Engine vs Automattic, déclenché en septembre 2024 par Matt Mullenweg, a mis en lumière un projet de royalties qui, selon la plainte de WP Engine, aurait visé 10 hébergeurs WordPress. Les demandes de rejet (motions to dismiss) de la dernière plainte amendée sont en cours d’examen ; le procès au fond devant jury est programmé en septembre 2027. En tant que fondateur de WPServeur, je partage mon analyse nuancée sur cette crise de gouvernance qui concerne tous les utilisateurs WordPress.
"WordPress, c’est open source. Personne ne peut le contrôler."
On a tous dit ça un jour. Moi le premier. Et puis septembre 2024 est arrivé… et on a tous eu un réveil brutal.
Quand Matt Mullenweg, le co-créateur de WordPress et PDG d’Automattic, s’en est pris frontalement à WP Engine au WordCamp US 2024, avant de le qualifier noir sur blanc de "cancer pour WordPress" sur WordPress.org le lendemain, j’ai compris que quelque chose venait de bouger dans l’écosystème. Pas une simple dispute entre entreprises. Un bras de fer qui pose des questions de gouvernance sur tout le projet WordPress.
Et ça concerne tous les utilisateurs WordPress. Voici pourquoi, point par point, avec les sources.
À qui appartient vraiment WordPress ?
Posons les bases, parce que c’est là que tout se joue.
WordPress le logiciel est distribué sous licence GPL. Open source, libre, gratuit. N’importe qui peut le télécharger, le modifier, le redistribuer. Ça, c’est la théorie. Et elle est vraie.
Mais WordPress.org, le site qui héberge les plugins, les thèmes, les mises à jour de sécurité… est contrôlé par Matt Mullenweg. Pas par une fondation indépendante. Pas par un comité élu. Par un homme. Un seul.
Et c’est là que le bât blesse. Parce que quand cet homme décide de couper l’accès à WordPress.org à un hébergeur qui dessert des millions de sites… il peut le faire. Et il l’a fait.
Dès 2020, j’analysais déjà cette concentration de pouvoir au sein de la galaxie Automattic. À l’époque, c’était une analyse de tendance. Six ans plus tard, c’est malheureusement un cas concret qui confirme mes craintes.
Info : la marque "WordPress" est détenue par la WordPress Foundation, dont Mullenweg est le fondateur. Mais c’est Automattic qui accorde les licences de marque. Ce double rôle crée un conflit d’intérêts que ce procès met en lumière.
Comment Automattic a-t-il bâti son empire sur les acquisitions ?
Vous savez combien d’entreprises Automattic a rachetées ces dix dernières années ? C’est vertigineux. Voici les principales, vérifiées sur la timeline officielle d’Automattic :
- WooCommerce (2015) : LA solution e-commerce WordPress, utilisée par des millions de boutiques
- Tumblr (2019) : racheté à Verizon pour une bouchée de pain (~3M$, contre 1,1 milliard payé par Yahoo)
- MailPoet (2020) : le plugin de newsletter WordPress le plus populaire, intégré à WordPress.com
- Day One (2021) : l’app de journaling la plus populaire sur iOS
- Pocket Casts (2021) : l’une des meilleures apps podcast au monde
- Parse.ly (2021) : analytics pour éditeurs de contenu (sa première grosse acquisition dans le logiciel d’entreprise)
- Texts.com (2023) : messagerie multi-services (iMessage, WhatsApp, Telegram…)
- Beeper (2024) : une autre app de messagerie unifiée
- WPAI (2024) : plugin d’intelligence artificielle pour WordPress
Et j’en oublie (Longreads, Frontity, WPScan, Harper, Gravatar…). Automattic n’est plus une "petite entreprise open source". C’est un conglomérat tech valorisé à 7,5 milliards de dollars. Et son PDG contrôle aussi WordPress.org.
Ca vous parle mieux maintenant ?

La chronologie complète du conflit
Pour comprendre où on en est, il faut rembobiner. Et c’est pas fini…
Septembre 2024 : Matt Mullenweg lance les hostilités au WordCamp US. Il accuse WP Engine de "profiter de WordPress sans rien donner en retour" et, dans un billet publié dans la foulée, les qualifie de "cancer" pour WordPress. Il exige 8% de leur chiffre d’affaires mensuel brut en royalties. (Source : wpvswpe.report, chronologie complète)
Ce que WP Engine vous propose n’est pas WordPress, c’est quelque chose qu’ils ont découpé, piraté, massacré pour ressembler à WordPress, mais en réalité, ils vous vendent une contrefaçon bon marché plus chère.
Matt Mullenweg, "WP Engine is not WordPress", 21 septembre 2024

25 septembre 2024 : WordPress.org bloque l’accès aux serveurs de WP Engine. Leurs clients ne peuvent plus mettre à jour plugins et thèmes via le tableau de bord WordPress. Des millions de sites sont touchés du jour au lendemain.


Octobre 2024 : WP Engine dépose plainte en Californie pour diffamation et abus de pouvoir. En parallèle, Mullenweg fork le plugin Advanced Custom Fields (ACF, propriété de WP Engine) et le renomme "Secure Custom Fields" sur WordPress.org. Sans demander l’avis des utilisateurs. Sic !
Octobre 2024, côté Automattic : le conflit ne se joue pas qu’au tribunal, il fracture aussi l’entreprise. Mullenweg propose à ses salariés une "alignment offer" : démissionner avant le 3 octobre contre 30 000 dollars ou six mois de salaire, pour celles et ceux qui ne soutiennent pas sa ligne face à WP Engine. 159 personnes acceptent et partent, soit 8,4 % des effectifs. Et près de huit départs sur dix viennent des équipes qui faisaient justement vivre l’écosystème WordPress. (Source : billet "Automattic Alignment" de Matt Mullenweg)
Décembre 2024 : le tribunal accorde une injonction préliminaire à WP Engine. Accès à WordPress.org restauré. Le contrôle d’ACF leur est rendu.
Janvier 2025 : le bras de fer gagne la communauté elle-même. Mullenweg désactive les comptes WordPress.org de cinq figures du projet, dont Joost de Valk (le créateur de Yoast) et Karim Marucchi, qui plaidaient pour une gouvernance plus ouverte. Il les accuse de préparer un fork. Tous le démentent. Dans la foulée, Automattic annonce qu’il aligne sa propre contribution à WordPress.org sur celle de WP Engine, soit 45 heures par semaine, "jusqu’à la fin du procès". Une fraction des près de 4 000 heures qu’il revendiquait quelques mois plus tôt. C’est tout le paradoxe de cette guerre : le défenseur autoproclamé de WordPress a fini par tailler dans sa propre contribution au projet. (Sources : TechCrunch et le billet officiel d’Automattic)
Septembre 2025 : le juge rejette les accusations d’antitrust et d’extorsion (avec possibilité d’amender), mais maintient les plaintes pour diffamation et interférence (13 des 20 chefs survivent).
Octobre 2025 : Automattic dépose des contre-plaintes pour abus de marque.
Février 2026 : WP Engine dépose un troisième amendement à sa plainte, avec des pièces obtenues pendant la phase de discovery. TechCrunch révèle que Mullenweg ne visait pas que WP Engine…
Demandes de rejet (motions to dismiss) en cours d’examen. Le procès au fond devant jury est programmé en septembre 2027. (Source : The Repository)

Attention : les faits rapportés dans cette chronologie sont issus des documents judiciaires publics et des articles de TechCrunch, The Repository et Yahoo Finance. Les allégations de WP Engine n’ont pas encore été jugées au fond. Le document complet est public : troisième plainte amendée de WP Engine (PDF, 175 pages, Case No. 3:24-cv-06917-AMO).
Les 8% qui ont mis le feu aux poudres
Vous imaginez qu’on vous demande 8% de votre CA brut pour utiliser un logiciel open source ?
C’est pourtant ce que Mullenweg a exigé de WP Engine. 8% de leur chiffre d’affaires mensuel en échange du droit d’utiliser la marque "WordPress". WP Engine affirme dans sa plainte que ce taux est "arbitraire" et que Mullenweg l’aurait fixé en estimant simplement "ce que WP Engine pouvait se permettre de payer" (Yahoo Finance).
Le fond de l’argument de Mullenweg, je le comprends, et je le partage en partie. WP Engine génère des centaines de millions de dollars avec WordPress sans y contribuer à la mesure de ce qu’il en tire. Le chiffre qu’avance Mullenweg est parlant : selon lui, WP Engine ne reverse que 40 heures par semaine au développement de WordPress, là où Automattic, qu’il dit de taille comparable, en consacre près de 4 000. C’est ce déséquilibre-là, le vrai nerf de la guerre, bien plus que des histoires de révisions ou de nom de marque.
Mais la méthode… Demander 8% sous menace de coupure d’accès à WordPress.org, c’est de la coercition. Pas de la contribution volontaire.
Quels sont les 10 hébergeurs visés par le plan Automattic ?
C’est la révélation de février 2026 qui a changé la donne.
Grâce aux documents obtenus pendant la phase de discovery, WP Engine a révélé que Mullenweg ne comptait pas s’arrêter là. Dix hébergeurs étaient dans le viseur, pas seulement WP Engine. Les noms sont caviardes dans les documents judiciaires, sauf un : Newfold Digital (Bluehost, HostGator) paie déjà des royalties à Automattic.
Vous lisez bien. Bluehost et HostGator paient déjà.
Les documents internes révèlent aussi la grille de classification utilisée par Automattic. Les hébergeurs étaient répartis en trois catégories : "Friends" (ceux qui paient déjà), "Would-be friends" (ceux qu’on peut convaincre, comme WP Engine), et "Charlatans" (ceux contre qui il faut agir de manière agressive). Une taxonomie qui en dit long sur l’approche. (Source : webhosting.today, 16 février 2026)
La plainte va encore plus loin : selon des emails internes, Automattic envisageait de "voler chaque site WordPress" aux hébergeurs qui refuseraient de signer. Ce sont les mots exacts, rapportés par The Repository.
Mullenweg aurait également contacté un dirigeant de Stripe pour faire pression afin que le processeur de paiement annule son contrat avec WP Engine.
Attention : ces allégations proviennent de la plainte amendée de WP Engine. Elles font l’objet des demandes de rejet (motions to dismiss) en cours d’examen. Automattic conteste ces accusations. Prudence sur les conclusions hâtives.
Le fork d’ACF : un précédent inquiétant ?

Advanced Custom Fields (ACF) par WP Engine | v6.8.3 | Gratuit + version Pro | Voir sur WordPress.org
Ça vous parle, ACF ? Advanced Custom Fields, c’est LE plugin que des millions de développeurs WordPress utilisent au quotidien. Plus de 2 millions d’installations actives. WP Engine l’a racheté via l’acquisition de Delicious Brains.
En octobre 2024, Mullenweg a pris le contrôle du plugin sur WordPress.org, l’a renommé "Secure Custom Fields", changé l’auteur de "WP Engine" à "WordPress.org", et redirigé tous les utilisateurs vers cette version forkée. Sans consentement des utilisateurs.
Officiellement, c’était pour "corriger une faille de sécurité et supprimer les upsells commerciaux". Dans les faits, c’est la démonstration qu’une seule personne peut prendre le contrôle d’un plugin sur WordPress.org.
Bref. Le tribunal a restauré le contrôle d’ACF à WP Engine. Mais le précédent est posé.
Et ce n’est pas tout. Le 9 octobre 2024, une case à cocher obligatoire est apparue sur la page de connexion de WordPress.org : "I am not affiliated with WP Engine in any way, financially or otherwise." Impossible de se connecter sans la cocher. Comme l’a rapporté 404 Media, des développeurs qui utilisaient, recommandaient ou contribuaient aux produits WP Engine se sont retrouvés dans une situation impossible.

Le tribunal a ordonné son retrait le 10 décembre 2024, en même temps que l’injonction rétablissant l’accès de WP Engine. Mais pendant deux mois, le fondateur de WordPress a littéralement demandé aux gens de déclarer allégeance pour accéder à un projet open source.
Info : forker un plugin GPL est parfaitement légal. Ce qui a choqué la communauté, c’est la méthode : remplacement silencieux sur WordPress.org, sans avertissement aux utilisateurs, en plein conflit juridique avec le propriétaire du plugin.
WP Engine n’est pas un ange non plus
Autant être honnête : je ne suis pas un fan de WP Engine.
Ils facturent cher. Très cher. Pour de l’hébergement WordPress qui, techniquement, n’est pas meilleur que ce que proposent des acteurs comme Kinsta, Cloudways, WPServeur (que j’ai fondé en 2015) ou même O2switch avec une bonne configuration.
Mullenweg a raison sur un point, je l’ai dit : WP Engine profite énormément de WordPress sans y contribuer à la hauteur de ce qu’il en retire. Ça, c’est le vrai sujet. Mais le reste de son réquisitoire mérite qu’on soit honnête. Son exemple favori, c’est que WP Engine désactive les révisions WordPress par défaut. C’est vrai. Sauf que c’est une optimisation d’hébergeur on ne peut plus banale, pour soulager la base de données. Chez WPServeur, on plafonnait nous aussi les révisions : trois, de mémoire. Et le plus savoureux, c’est que Mullenweg lui-même, dans son billet, conseille aux clients de WP Engine d’activer "au moins les 3 révisions autorisées". Soit, très exactement, ce que je faisais. Difficile d’en faire un scandale.

Pareil pour le nom. Oui, "WP Engine" joue sur la proximité avec "WordPress". Mais je ne vais pas leur jeter la pierre : "WPServeur", "WPFormation"… une bonne partie de l’écosystème, moi le premier, s’est construite avec "WP" dans son nom. C’est la communauté qui a popularisé l’abréviation. Honnêtement, je ne peux pas le leur reprocher.
Mais est-ce que ça justifie de couper l’accès à WordPress.org à des millions de sites ? Non. Le problème n’est pas WP Engine en tant que tel. Le problème, c’est qu’un seul homme puisse prendre cette décision.
Mon avis de fondateur d’hébergeur WordPress
Je ne parle pas en théoricien. J’ai fondé WPServeur en 2015, un hébergeur spécialisé WordPress. Je connais ce marché de l’intérieur. Les marges, les contraintes, les relations avec l’écosystème. Et je forme des professionnels à WordPress depuis 2012.
Ma position, puisqu’il faut en prendre une : sur le fond, je suis d’accord avec le message de Mullenweg. WP Engine, et d’autres sociétés qui prospèrent sur WordPress, profitent de l’écosystème sans jamais y contribuer à la hauteur de ce qu’elles lui doivent. Ça, je le dis depuis longtemps, et je le maintiens.
Ce qui me dérange, ce n’est donc pas le constat, ni le conflit en lui-même : les disputes commerciales, ça existe. Ce qui me dérange, c’est la concentration du pouvoir. Tout repose sur un seul homme, et ce sont les dérives que cette concentration rend possibles qui me posent problème.
Matt Mullenweg cumule quatre casquettes :
- Co-créateur de WordPress (légitimité historique)
- PDG d’Automattic, entreprise à but lucratif valorisée 7,5 milliards (WordPress.com, WooCommerce, Tumblr, Pocket Casts…)
- Fondateur de la WordPress Foundation (qui détient la marque "WordPress")
- Administrateur de WordPress.org (qui distribue plugins, thèmes et mises à jour à plus de 42% du web)
On l’oublie trop souvent, mais quand le PDG de l’entreprise qui vend WordPress.com peut bloquer un concurrent depuis WordPress.org… c’est un problème de gouvernance. Pas un problème de marque.
J’ai du respect pour ce que Mullenweg a bâti. WordPress a changé le web, ma carrière, et celles de millions de personnes. Mais le modèle du "dictateur bienveillant" montre ses limites quand les intérêts commerciaux se mêlent à la gouvernance d’un projet utilisé par plus de 42% du web.
Leader éclairé ou dictateur ?
Il y a un côté "gourou" autour de Matt Mullenweg dans la communauté WordPress qui me dérange. Une admiration quasi unanime qui rend toute critique difficile. On ne touche pas au fondateur. On ne remet pas en question la gouvernance. On fait le dos rond et on attend que ça passe.
Dans l’open source, il existe même un terme pour ce rôle : le "BDFL", pour benevolent dictator for life, le "dictateur bienveillant à vie". L’expression désigne le créateur d’un projet qui en garde le dernier mot, indéfiniment, au nom de la cohérence de la vision. Mullenweg coche toutes les cases, et c’est ainsi qu’une bonne partie de la communauté le décrit.
Lui n’aime pas le mot. Dans une interview accordée à Inc fin 2024, il a dit préférer le terme de "leader éclairé" à celui de "dictateur". Un article qu’il a d’ailleurs qualifié publiquement d’article à charge. Éclairé ou pas, ça ne change rien au fond du problème : un seul homme décide.
Que ce soit un leader éclairé ou un dictateur bienveillant, c’est clairement pas ma came… J'ai toujours dit ce que je pensais, même quand ça détonne. Dès juin 2020, je pointais du doigt cette concentration de pouvoir. Six ans plus tard, les faits me donnent malheureusement raison.
WordPress a besoin de voix critiques. Pas pour le détruire, mais pour le protéger. Un projet utilisé par plus de 42% du web mérite un débat ouvert sur sa gouvernance, pas un culte de la personnalité.
Conseil : si tu développes des plugins ou des thèmes, diversifie tes canaux de distribution. Ne dépends pas uniquement de WordPress.org. GitHub, ton propre site, des marketplaces alternatives : autant de solutions pour ne pas mettre tous tes oeufs dans le même panier.
Qu’est-ce qui change concrètement pour les utilisateurs WordPress ?
OK mais moi, utilisateur WordPress, je fais quoi avec tout ça ?
Déjà, pas de panique. WordPress tourne. La version 7.0 est sortie le 20 mai 2026, avec des connecteurs IA natifs (OpenAI, Anthropic, Google), de nouveaux blocs natifs (Icon, Breadcrumb) et une refonte de l’admin. La collaboration temps réel, un temps annoncée, a finalement été reportée à une version ultérieure… Techniquement, le projet n’a jamais été aussi ambitieux.
Mais quelques points à garder en tête :
Si vous êtes chez WP Engine : l’injonction a rétabli l’accès à WordPress.org. Vos mises à jour fonctionnent normalement. Restez vigilants, la situation peut évoluer selon le procès.
Si vous utilisez ACF : le plugin est de retour sous contrôle de WP Engine. Tout fonctionne. "Secure Custom Fields" existe toujours en parallèle.
Si vous êtes chez un autre hébergeur : c’est là que ça mérite attention. On sait maintenant que 10 hébergeurs étaient dans le viseur et que Newfold (Bluehost, HostGator) paie déjà. Si d’autres suivent, ce coût sera répercuté sur… vous. De facto, les royalties à Automattic pourraient faire bouger le coût d’un site WordPress.
Si vous développez des extensions : le précédent ACF mérite réflexion. Publier sur WordPress.org signifie accepter les règles de la plateforme, y compris la possibilité d’un fork GPL. C’est légal, mais la manière dont ça s’est passé pose question.

Et WordPress dans tout ça ?
WordPress va bien. Techniquement, le projet avance vite. WordPress 7.0 est la version la plus ambitieuse depuis Gutenberg. Le CMS vaut toujours le coup en 2026, et ce n’est pas un procès qui va changer ça. La communauté continue de contribuer. Les WordCamps reprennent partout (Nice en mars, Rennes en septembre 2026, rien qu’en France).
Mais cette crise laisse des traces. Des voix de plus en plus nombreuses demandent une réforme de la gouvernance. Josh Collinsworth, développeur reconnu, a écrit publiquement que Mullenweg devrait être retiré de la direction du projet. L’événement indépendant Alt Ctrl Org a vu le jour comme alternative communautaire.
Mon espoir ? Que ce procès pousse vers une séparation claire entre WordPress.org (le bien commun) et Automattic (l’entreprise). Comme Linux a sa fondation indépendante, WordPress a besoin d’une gouvernance qui ne dépende d’aucun intérêt commercial.
Mais ne soyons pas alarmistes. plus de 42% du web ne va pas s’effondrer demain. WordPress a survécu à bien des crises (Gutenberg, rappelez-vous les réactions en 2018…). Celle-ci est différente par sa nature, mais le logiciel reste solide, la communauté reste active, et le marché reste là.
Mai 2026 : le billet où Mullenweg change de ton
Le 27 mai 2026, pour les 23 ans de WordPress, Mullenweg a publié un billet intitulé "WP23". Et le ton n’a plus rien à voir avec celui de l’homme qui partait au combat en 2024. Il y décrit un WordPress "à la fois le plus solide et le plus précaire qu’il n’ait jamais été" : la version 7 venait de sortir, déjà installée sur 46% du parc en sept jours, sans casse. La prouesse technique est réelle. Mais le reste du billet est d’une tout autre nature.
Là où il attaquait en 2024, Mullenweg se pose maintenant en assiégé. Il désigne Silver Lake, l’actionnaire de WP Engine, et son cabinet d’avocats comme les agresseurs, affirme que l’offensive cherche désormais à dissoudre la WordPress Foundation elle-même, et lâche un appel que je n’aurais pas imaginé lire sous sa plume :
Silver Lake, vous avez déjà tout pris. J’ai raté l’opération du genou de ma mère. […] Vous avez tant d’argent et de pouvoir, vous venez de racheter TikTok, l’administration Trump vous adore, vous n’avez pas besoin de prendre le contrôle de WordPress en plus. Si vous gagnez, vous le détruisez, et après ? Ayez pitié et arrêtez de tenter de ruiner des vies. Passons à autre chose.
Matt Mullenweg, "WP23", 27 mai 2026
Comment lire ça ? Honnêtement, des deux côtés à la fois. Il y a un homme manifestement épuisé, qui mesure ce qu’un conflit allumé par ses soins a coûté, à lui comme à son entourage. Et il y a, dans le même billet, un plaidoyer très public signé d’un dirigeant qui n’est plus en position de force : ce sont désormais WP Engine et Silver Lake qui mènent l’offensive devant les tribunaux. Demander grâce quand on a soi-même lancé les hostilités dix-neuf mois plus tôt, c’est un revirement qui en dit long sur l’usure de tout l’écosystème.
Je ne me risquerai pas à trancher ce qui relève de la sincérité et ce qui relève du calcul. Probablement les deux à la fois. Mais une chose me paraît sûre : personne ne sort grandi de cette guerre, et surtout pas WordPress.
Que faut-il retenir et surveiller ?
Ce conflit n’est pas une querelle de milliardaires. C’est un révélateur de faiblesses structurelles dans la gouvernance d’un projet utilisé par près de la moitié du web.
Les demandes de rejet des accusations restantes sont en cours d’examen ; le procès au fond devant jury est programmé en septembre 2027. D’ici là, chaque décision de Mullenweg sera scrutée.
En attendant, WordPress reste un outil formidable. Depuis 2003, ce CMS a traversé bien des crises. Je forme dessus depuis 2012, j’y crois toujours. Mais croire en WordPress ne signifie pas fermer les yeux sur ses problèmes de gouvernance.
Bref. Gardez un oeil sur ce dossier. Je le mettrai à jour au fil du procès.
Questions fréquentes
Pourquoi Matt Mullenweg a-t-il attaqué WP Engine ?
Mullenweg reproche à WP Engine de profiter massivement de l’écosystème WordPress (des centaines de millions de dollars de revenus) sans contribuer suffisamment au projet open source. Il a exigé 8% du chiffre d’affaires brut mensuel en royalties pour l’utilisation de la marque WordPress. WP Engine a refusé et a porté l’affaire devant les tribunaux.
Quels hébergeurs WordPress sont concernés par les royalties ?
Selon la plainte amendée de WP Engine (février 2026), Automattic prévoyait de demander des royalties à 10 hébergeurs WordPress. Les noms sont caviardés sauf Newfold Digital (Bluehost, HostGator), qui paie déjà Automattic. Si cette pratique se généralise, les coûts seront répercutés sur les clients.
Qu’est-il arrivé au plugin Advanced Custom Fields (ACF) ?
En octobre 2024, Mullenweg a forké ACF sur WordPress.org, le renommant "Secure Custom Fields" et remplaçant l’auteur WP Engine par WordPress.org, sans le consentement des utilisateurs. Le tribunal a ensuite ordonné la restitution du contrôle à WP Engine en décembre 2024.
Quand aura lieu le procès WP Engine vs Automattic ?
Les demandes de rejet déposées par Automattic sont en cours d’examen devant le tribunal fédéral de Californie. Le procès au fond devant jury est programmé en septembre 2027.
Est-ce que je risque quelque chose si j’utilise WordPress ?
Non. WordPress le logiciel reste open source et libre sous licence GPL. Le conflit porte sur la marque "WordPress" et la gouvernance de WordPress.org, pas sur votre droit d’utiliser le CMS. WordPress 7.0 est sorti le 20 mai 2026, la communauté contribue activement, et le logiciel n’a jamais été aussi abouti techniquement.
Qu’est-ce que la WordPress Foundation ?
La WordPress Foundation est une organisation à but non lucratif fondée par Matt Mullenweg qui détient les marques "WordPress" et "WordCamp". Elle est distincte d’Automattic (entreprise à but lucratif), mais Mullenweg dirige les deux, ce qui crée un conflit d’intérêts au coeur de cette affaire.